Ouch ! Jaguar XJ : le montant noir

Ouch ! Jaguar XJ : le montant noir

Jaguar se porte à merveille depuis sa reprise par le groupe indien Tata. Fabrication british, des ventes mondiales qui augmentent, une belle profitabilité. Cette tendance est appelée à se poursuivre, puisque la dernière venue, la Jaguar XE, va chasser sur les terres des BMW Série 3, Audi A4 et Mercedes Classe C. Plutôt réussie extérieurement, elle a de grandes chances d'afficher des volumes de diffusion qui vont sortir Jaguar d'une certaine forme d'anonymat. Enfin, citons la F-Type, coupé ou roadster au charme fou et à la sonorité envoûtante.

Auparavant, la nouvelle ère Jaguar a été symbolisée par la grande berline XJ. Couronnant la gamme, elle est proposée avec deux empattements au choix, et se positionne en concurrente des Mercedes Classe S, BMW Série 7, Audi A8.

Un design en rupture dans la dynastie XJ

En termes de design, la XJ est en rupture avec le style traditionnel des Jaguar haut de gamme sur plusieurs décennies et dont elle conserve le patronyme. La dynastie XJ se distinguait en effet par son élégance, sa finesse et un profil très élancée. Apprécions sur la photo ci-dessous l'évolution de gabarit en 30 ans.

La nouvelle Jaguar XJ est, vous l'avez compris, une auto imposante. Massive.

Elle rompt ici avec les codes traditionnels de la grande berline, et surtout ceux de la dynastie XJ dont nous avons préalablement parlé. La ligne fuyante des XJ est ici écartée au profit d'une silhouette plongeante, et une présence de généreuses surfaces tôlées. Epaisse, haute, cette XJ rassurera autant qu'elle paraitra peu agile. Vous noterez que sur cette photo comparative, la vitre arrière de la nouvelle génération débute à mi-hauteur de son ancêtre. Contraste saisissant !

Le noir, ça amincit ?

Notre souhaitons zoomer plus particulièrement sur un choix de design qui a dû animer les débats en interne. Nous l'appelons : "le montant noir".

Le montant noir indique la pièce noire laquée qui relie la vitre arrière avec le chrome qui ceinture les vitres latérales. Le noir laqué est ce qui prolonge visuellement les vitrages sur-teintés.

Les designers en usent pour agrandir visuellement les parties vitrées et les intégrer dans des formes dynamiques. Comme une sérigraphie. Sur cette vue de 3/4 arrière plongeante, nous percevons la continuité des lignes horizontales. Et ainsi, la non-continuité avec les montants de côté de caisse, ainsi que le morcellement du pavillon : alternance entre parties vitrées et couleur carrosserie sans fluidité particulière, et balafre créée par les découpes des enjoliveurs de toit.

Cohérence en rupture

Nous le savons, dans les segments Premium et hauts de gamme, une des valeurs fortes attendues par les clients est la cohérence. Cohérence d'ensemble, cohérence des éléments entre eux. Ce qui semble avoir été "pensé et dessiné d'un seul trait".

Le montant noir de la gamme Jaguar vient ici perturber la lecture globale du style en vue de profil et en 3/4 arrière.

Pourquoi ?

Ce choix permet à la fois à la new XJ de 1/ se distinguer, 2/ de donner une perception de vitre arrière plus large...voire 3/ de cacher des séquelles de fabrication (soudures, lignes de découpe...). Même dans le cas #1, est-ce valorisant sur ce segment exigeant ?

Les clients allemands ont un mot pour décrire les choix qu'ils estiment "gratuits", qui n'apportent rien à l'ensemble. Ils parlent de "schnik schnak", c'est-à-dire littéralement "fioriture". Point de "waouh !", mais plutôt "pourquoi ? " et "outch !"

Choix 2/ : il vise à élargir la taille perçue de vitre arrière, et plus globalement pour élargir visuellement l'auto en vue arrière.

La massivité des volumes de la partie arrière est notamment due à la hauteur de la malle de coffre. La verticalité des feux arrière accentue cette perception. Imaginons un instant les montants traités couleur de la carrosserie, dans le bleu clair de la photo. Cela risquerait de rétrécir encore l'auto en largeur.

Choix 3/ : un enjoliveur rapporté ainsi sur un côté de caisse a souvent comme but premier de masquer une jonction, une soudure. Sa présence crée nécessairement des lignes de découpe qu'il faut alors intégrer. Ici le choix a porté sur l'alignement avec la vitre arrière. Curieux de le faire cohabiter avec l'entourage chromé des vitrages latéraux, symbole de soin et de standing d'une grande berline.

Le seul montant noir de la gamme ?

En conclusion, la Jaguar XJ, au-delà de ses qualités, propose un choix de détail qui vient en rupture dans l'harmonie générale de la silhouette. Le regard du client peut voir en lui la réponse à un dilemme : celui de lutter contre la massivité des volumes, voire en complément d'intégrer des découpes techniques. Un choix de sauvetage. Pas une valorisation noble des surfaces.

Au péril de la cohérence de l'ensemble. En rupture avec la dynastie XJ.

La gamme Jaguar se renouvelle et s'élargit à un rythme élevé. Ce "montant noir" ne semble pas voué à se généraliser sur les autres berlines. En revanche, la déclinaison Sportbrake de la XF propose ce principe : la lecture est ici facilitée par la présence du becquet de toit.

Le montant noir laqué met en valeur la présence du becquet et dynamise le profil. Le résultat final affiche une meilleure intégration au global. Et la forme de l'entourage chromé des vitrages latéraux semble faire une inflexion pour rencontrer cette pièce noire. Mieux, donc.

 

La solution pour votre prochaine Jaguar XJ ? Prenez-la en noir !

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